Moustakime Kennedy, 20 ans, s’apprête à représenter Mayotte aux championnats du monde de kick-boxing, prévus du 5 au 8 novembre 2026 à Aranjuez, près de Madrid, en Espagne. Quadruple champion de Mayotte et récent champion de France, il prépare sa première participation à cette compétition internationale.
Le parcours du jeune sportif débute à 12 ans, dans un parc de Mamoudzou, sur la place de l’ancien marché. C’est là qu’un éducateur sportif le remarque et l’invite à s’entraîner au club Maoré Boxing, à Majicavo. « La boxe a commencé pour moi, c’est une histoire familiale. À Madagascar, ma famille, ce sont des combattants du mourengué, et moi, j’avais pas de projet de faire de la boxe ou du mourengué », raconte Moustakime Kennedy.
L’association sportive offre un cadre à de nombreux jeunes du quartier. « Il faut savoir que dans ce parc de l’ancien marché, il y a plein de personnes qui s’entraînent, et d’autres personnes qui fument, qui se droguent, avec de la chimique. Et juste à côté d’eux, des jeunes qui se donnent à fond », explique Zayad Youssouf, qui l’accompagne dans la recherche de sponsors.
Au fil des années, Kennedy enchaîne les entraînements et remporte quatre titres de champion de Mayotte, avant de s’imposer au championnat de France de kick-boxing en 2026. Sa sélection pour les Mondiaux l’a surpris : « Je ne m’attendais pas à être sélectionné. J’étais ému, je savais pas quoi faire, tellement c’est un objectif de vie. Je suis très content », confie-t-il.
Étudiant en licence de management à l’Université de Dembéni, Kennedy est aussi jeune père. Il concilie études, vie familiale et entraînements. « J’ai une double vie, c’est très compliqué d’être étudiant, père d’un enfant, plus les entraînements. Mais je suis quelqu’un de déterminé, j’essaie de trouver le temps et de ne pas lâcher », explique-t-il.
Les difficultés logistiques sont nombreuses à Mayotte. Sans moyen de transport, Kennedy parcourt parfois la distance entre Mamoudzou et Majicavo en courant. « J’ai pas de moyens de transport, donc pour aller de Mamoudzou à Majicavo, je cours. Pour aller à Dembéni, je me déplace en trottinette, aller-retour. La distance est très compliquée », indique-t-il. Le club Maoré Boxing s’entraîne désormais à l’Orange Bleue, à Mamoudzou, en attendant une salle dédiée.
En parallèle, Kennedy assure des séances de coaching et rassemble plus de 4 000 abonnés sur Instagram. Malgré cette visibilité, trouver des financements reste un défi. Le coût du déplacement pour les championnats est estimé à 4 000 euros. Faute de soutien suffisant, son entraîneur Didier Bernardet a avancé la somme nécessaire. Zayad Youssouf poursuit la recherche de sponsors, mais aucun partenariat n’a encore été conclu.
« On ne peut malheureusement pas toujours compter sur les organismes publics donc on cherche aussi des soutiens dans le domaine du privé », souligne Zayad Youssouf. Il met en avant le parcours de Kennedy comme un exemple pour Mayotte : « Son parcours est tellement inspirant, vous en connaissez beaucoup des gens qui courent pour aller à un entraînement par manque de transport, et qui atteignent un tel niveau, là il va disputer les championnats du monde, c’est quelque chose qui peut faire rayonner le territoire de Mayotte et inspirer d’autres sportifs ».
Malgré ses résultats, Kennedy n’a pas toujours pu participer à toutes les compétitions, en raison de difficultés administratives et financières. Il lance un appel au soutien de la population : « À la population de Mayotte, j’ai envie de dire, aidez-nous, donnez-nous de la force. C’est dur d’être un sportif de haut niveau. On a besoin de votre soutien mental et financier, car on n’a pas assez de financements, et pour partir à l’international, il faut des financements », affirme-t-il.
À l’attention des jeunes, il ajoute : « Les jeunes qui ne font pas de sport, rapprochez-vous des milieux sportifs. Ça peut changer votre vie. Pratiquez, vous allez aimer, devenir un homme ou une femme. Regardez, moi, je vais aux championnats du monde, et j’imaginais même pas ça. Si je suis là, vous pouvez y arriver aussi ».
À 20 ans, Moustakime Kennedy poursuit son parcours, déterminé à porter les couleurs de Mayotte sur la scène internationale et à transmettre un message d’espoir aux jeunes de l’île.
