Le diabète reste largement sous-diagnostiqué à Mayotte : selon les dernières données présentées lors d’une réunion à Mamoudzou, près d’un quart des personnes concernées ignorent encore leur maladie. Médecins et acteurs médico-sociaux alertent sur la nécessité de détecter plus tôt le diabète, qui progresse chez les adultes et touche désormais des patients de plus en plus jeunes.
Entre 2019 et 2025, le taux de diabétiques chez les adultes est passé de 12,1 % à 15 % sur l’île. Le prédiabète recule, mais la maladie apparaît dès 30-35 ans, ce qui inquiète les professionnels. « À partir de 30 ans, il faut aller voir son médecin généraliste et demander à faire une glycémie capillaire », recommande le docteur Assef Zabi, de Rédiab Ylang 976. Il rappelle que la mortalité liée au diabète reste nettement supérieure à celle de l’Hexagone, notamment chez les femmes.
Pour tenter d’inverser la tendance, l’ARS Mayotte prévoit une campagne de dépistage du 14 novembre 2026 au 15 juin 2027, ciblant 10 000 personnes dans les 17 communes. L’action associe Rédiab Ylang 976, des étudiants infirmiers et des médecins. L’objectif : détecter les personnes malades, les orienter et recueillir des données anonymes pour mieux comprendre la situation.
Fatima Said Abou, secrétaire générale de Rédiab Ylang 976, estime que « les campagnes de sensibilisation font effet et suscitent des réactions progressivement auprès du public », d’où l’importance de multiplier ces initiatives.
Les spécialistes insistent sur la prévention par l’alimentation et l’activité physique, malgré les difficultés d’accès aux produits frais à Mayotte. Des alternatives comme les légumes surgelés ou les œufs sont recommandées, ainsi que la limitation des fritures. « Le diabète, c’est une pathologie qui peut être prévenue par l’activité physique, pas que l’alimentation », rappelle Yasmina Combo, cheffe du service Sport Santé Bien-être au Cros Mayotte. Elle préconise 30 minutes d’activité modérée à soutenue chaque jour.
L’accès à l’information reste un enjeu, notamment pour les personnes éloignées des structures de soins ou ne maîtrisant pas le français. Selon Antufaty Hafidou, représentante des usagers au CHM, certains découvrent leur maladie à un stade avancé et manquent d’explications. La proportion de personnes informées de leur diabète est passée de 61 % à 73 %, mais une sur quatre ignore toujours qu’elle est malade.
