Du vendredi 23 au dimanche 25 octobre 2026, le Département-Région de Mayotte organise deux rendez-vous majeurs sur son histoire et ses identités multiples. La Direction de la Culture et de la Lecture publique (DCLP) a lancé la troisième édition de la conférence « Les civilisations du canal de Mozambique » à Kavani, en parallèle de l’événement populaire « La Rencontre des Mondes ».
Au cœur de ces manifestations, l’objectif est de raviver la mémoire collective d’une île façonnée par les échanges entre l’Afrique de l’Est, Madagascar, l’archipel des Comores et le Moyen-Orient. Selon Zouria Moyad Ben, vice-présidente du Conseil départemental chargée des sports, de la culture et de la jeunesse, « Mayotte accueille beaucoup de communautés sur son territoire et très souvent, la population se plaint de ne pas assez connaître l’histoire de cette île, l’histoire de chaque village ». Elle souligne que la conférence vise à « confronter les idées de chacun pour qu’on puisse à un moment donné avoir une position commune, mieux se connaître et mieux se respecter ».
Les matinées d’études à Kavani réunissent chercheurs et universitaires, dont Abal-Kassim Cheikh Ahmed, président de l’Université de Mayotte, et Soibahadine Ibrahim Ramadani, ancien président du Département. Les débats abordent les dernières recherches sur le peuplement ancien avec Martial Pauly (Inalco), la toponymie analysée par l’historien Inssa de N’Guizijou, et l’influence du Boeny sur la société mahoraise, présentée par la sociologue Ramahefasoa Barbin.
Le samedi, les discussions s’orientent vers les aspects institutionnels et juridiques : textes du Moyen Âge, rupture politique de 1974 (analysée par Abdou Dahalani, président du CESE de Mayotte), dynamiques migratoires et études sur l’ADN mahorais par Saïd Msaidie.
Pour Zouria Moyad Ben, ces travaux scientifiques doivent aussi alimenter la transmission scolaire : « Des jeunes ont pris la parole pour déplorer qu’ils ne connaissent pas l’histoire de Mayotte, et parfois même leurs parents ne la connaissent pas ». Elle insiste : « Les écrits existent, aux archives ou dans les bibliothèques, mais ce n’est pas suffisant. C’est le combat mené par les élus chaque jour : que le gouvernement prenne en compte Mayotte comme un département français à part entière avec son histoire singulière ».
La présence d’une délégation de Madagascar rappelle la proximité entre Mayotte et la région de Boeny. Alida Armand, cheffe du service culturel de Boeny à Mahajanga (Majunga), évoque l’histoire commune autour de la figure d’Andriantsoly, roi du Boeny et sultan de Mayotte : « Majunga et Mayotte sont deux villes liées depuis des lustres. Leurs histoires sont étroitement mêlées, notamment grâce à la figure d’Andriantsoly, qui fut à la fois roi du Boeny et sultan de Mayotte ».
Elle encourage : « J’incite les Mahorais, les Majungais et l’ensemble des habitants du canal de Mozambique à consolider la cohésion sociale et à faire de ces racines communes un facteur de paix et d’entente mutuelle ».
En parallèle du colloque, Mamoudzou accueille dès vendredi après-midi la parade de « La Rencontre des Mondes », partie à 13h30 du gymnase Jean-François Hory vers la place de la République. Le cortège réunit des représentants des communautés mahoraise, anjouanaise, malgache, sénégalaise, congolaise, camerounaise, caribéenne, marocaine, bretonne et portugaise.
Jusqu’à dimanche, l’esplanade se transforme en espace de rencontres et de découvertes : dégustations, défilés de tenues traditionnelles, lectures animées par le bibliobus et spectacles de chants et danses. Le Département mise sur la connaissance du passé comme vecteur de cohésion face aux tensions contemporaines.
