Au lendemain d’une nuit agitée, Bouyouni, dans la commune de Bandraboua, reste marqué par la peur. Des riverains témoignent d’insomnies et d’angoisse persistante, malgré la levée du barrage érigé vendredi matin pour dénoncer l’insécurité.
Les violences et dégradations se multiplient depuis plusieurs semaines dans ce village du nord de Mayotte. Dans la nuit du 5 au 6 novembre, de nouveaux incidents ont nécessité l’intervention des forces de l’ordre, selon les habitants. Deux femmes âgées, soutenues par leur petit-fils pour la traduction, décrivent une nuit ponctuée de réveils et de stress. « On se réveille, on se rendort, on se réveille. C’est très dur », confient-elles.
Face à cette situation, des habitants ont bloqué la circulation dès l’aube, provoquant des embouteillages sur l’axe principal du nord de l’île. La tension est palpable. Certains accusent des jeunes des quartiers en hauteur d’être responsables des attaques. « C’est eux là, vous pouvez voir, près de l’antenne. Ils étaient là avec des machettes, ils ont caillassé la maison de mes voisins », affirme un riverain.
Le barrage suscite cependant des réactions contrastées. Un automobiliste, bloqué dans la file, critique l’initiative : « Les gens comprennent pas que les barrages, ça sert à rien. C’est un problème d’éducation si y’a des jeunes qui agressent des gens la nuit, c’est n’importe quoi, et le problème, c’est l’éducation, ils sont où les parents là ? La route est barrée, moi j’arrivais de Combani, je dois bouger ».
D’autres refusent que la gêne des automobilistes occulte leur détresse. « Les gens qui disent ça ne pensent pas à nous. Je suis restée sur une chaise toute la nuit, j’ai veillé, j’ai pas dormi, j’étais avec ma sœur et ma mère. On a peur toutes les nuits, on ne dort plus », insiste une habitante.
La mairie de Bandraboua a adressé un courrier au préfet de Mayotte, évoquant les « violences, affrontements et dégradations » à Bouyouni et la mobilisation matinale. Selon la municipalité, un « renforcement immédiat de la présence des forces de l’ordre à Bouyouni » est nécessaire, surtout en soirée et le week-end. Le courrier évoque aussi le quartier informel de Gnambo Mlimani, accusé par certains d’abriter les auteurs des violences. La commune demande à l’État un « diagnostic par les services compétents » pour envisager, si besoin, « une procédure administrative d’évacuation et de démolition des constructions irrégulières concernées ».
Une réunion de concertation est prévue lundi 9 novembre à 8 heures à la mairie de Bandraboua, avec les habitants, les services de l’État, la gendarmerie et les élus locaux.
Dans l’après-midi, la tension reste forte. Une habitante signale la présence de jeunes armés près de la plage : « Les gendarmes les ont vus au drone, ils sont une dizaine avec des machettes mais les gendarmes ne peuvent pas intervenir », rapporte-t-elle. Vers 13h30, les riverains lèvent finalement le barrage à la suite des échanges avec les élus sur les démarches engagées auprès du préfet. Certains, soulagés, reprennent la route tandis que d’autres restent inquiets pour la nuit à venir. Des traces du barrage subsistent encore sur la chaussée, témoins d’une matinée de mobilisation.
