La flambée des prix des billets d’avion entre la métropole et les Outre-mer n’a jamais autant pesé sur les ménages ultramarins, selon un rapport remis par le député Jiovanny William à Matignon. Le document, commandé pour analyser l’évolution des tarifs aériens, met en évidence une hausse de près de 45 % depuis 2019, attribuée à la crise sanitaire, aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Sur la période 2021-début 2026, la progression atteint encore 35 %, une tendance qui alimente le sentiment d’iniquité chez des populations parmi les plus modestes de France. Le député évoque le ressenti de certains ultramarins, qui se considèrent comme des Français « entièrement à part, et non à part entière ».
Le rapport détaille les facteurs économiques derrière cette augmentation. Le coût du carburant représente habituellement entre 25 % et 35 % du prix du billet, montant jusqu’à 55 % lors des pics pétroliers. À cela s’ajoute la hausse de la fiscalité : entre 2022 et 2026, la taxe sur le transport aérien a grimpé de plus de 30 %, portée par une augmentation de 181 % du tarif de solidarité. Néanmoins, Jiovanny William conteste l’idée que les compagnies aériennes profiteraient exagérément de ces liaisons : au kilomètre, le prix moyen en classe économique reste comparable, voire inférieur, à d’autres lignes internationales comme Paris-New York ou Paris-Tokyo.
La mission parlementaire dénonce toutefois l’absence de transparence des compagnies, qui invoquent systématiquement le « secret des affaires » pour refuser de communiquer des données sur leurs coûts et marges. Ce manque d’information nourrit la défiance du public, surtout face aux écarts de tarifs générés par la tarification dynamique (« yield management »), qui pénalise les familles contraintes de voyager en urgence.
L’étude met en lumière de fortes disparités selon les territoires. Si les Antilles et La Réunion profitent de la concurrence entre plusieurs opérateurs, Mayotte et la Guyane restent marquées par une concentration du marché. En 2024, l’indice de concentration atteint 0,608 sur Paris-Mayotte, contre 0,017 à La Réunion. À Mayotte, un aller-retour en haute saison a pu atteindre 2 139 euros. Seul un cinquième des habitants peut prendre l’avion chaque année (0,42 voyage par habitant), contre 1,6 pour un Antillais.
Le rapport relève aussi le faible niveau de soutien public pour les Outre-mer, comparé à la Corse. Cette dernière reçoit entre 185 et 235 millions d’euros d’aides annuelles pour 360 000 résidents, alors que la dotation de continuité territoriale versée à l’Agence de l’outre-mer pour la mobilité (LADOM) s’élevait à 67 millions d’euros en 2025 pour près de 2,9 millions de personnes.
Pour remédier à la situation, le rapport avance quatorze recommandations. Il propose d’instaurer une obligation de service public (OSP) sur les liaisons Hexagone-Mayotte afin d’assurer des capacités minimales et des tarifs encadrés, de contraindre les transporteurs à transmettre leurs données de coûts à la DGAC, de réguler la tarification dynamique et de réserver des quotas de sièges à prix plancher pour les bénéficiaires LADOM. Il suggère aussi d’élargir les aides à la continuité territoriale aux classes moyennes et d’envisager un moratoire ou une exonération sur les carburants d’aviation durables (CAD) imposés par l’Union européenne, dont le surcoût pourrait renchérir les billets.
