La place Zakia Madi à Mamoudzou a accueilli, vendredi 30 octobre, la clôture de la campagne Octobre Rose 2026. L’événement, organisé par le Centre régional de coordination des dépistages des cancers de Mayotte (CRCDC), a rassemblé institutions, associations et professionnels de santé pour dresser un premier bilan des actions menées contre le cancer du sein.
Au programme de la journée : stands d’information, ateliers de prévention, consultations gratuites et échanges sur l’accompagnement des patientes. Les visiteurs ont ainsi pu se renseigner, apprendre les gestes de prévention et bénéficier de frottis et de palpations sans frais.

Mobilisation étendue sur le territoire
Selon Kassandrah Chanfi, vice-présidente du CRCDC, plus de 50 actions ont été répertoriées sur l’ensemble de Mayotte lors de cette édition 2026. Collectivités, associations, établissements scolaires, professionnels de santé, entreprises et bénévoles ont été impliqués. « Cette année, notre ambition était de faire d’Octobre Rose l’affaire de tous, de fédérer les acteurs et de faire vivre la prévention sur l’ensemble du territoire », explique-t-elle.
Au sein du centre, 31 journées d’action ont permis de sensibiliser plus de 1 000 personnes, de remettre une centaine d’invitations à la mammographie et d’accueillir plus de 550 femmes en consultation. Par ailleurs, 80 personnes — principalement issues du tissu associatif et communautaire — ont été formées pour relayer les messages de prévention.
Malgré cette mobilisation, des lacunes persistent. Certaines femmes ignorent encore les démarches à suivre ou les interlocuteurs à solliciter pour accéder au dépistage, constate la vice-présidente du CRCDC.
Importance du dépistage précoce
Le docteur Diane Bula-Ibula, gynécologue au CHM, rappelle que le dépistage du cancer du sein doit concerner en priorité les femmes de 50 à 74 ans, y compris en l’absence de symptômes. Elle souligne que ces dernières peuvent consulter en PMI, chez une sage-femme libérale ou un médecin généraliste pour une première orientation. En cas de délais, le CHM reste accessible pour évaluer les situations d’urgence.
La spécialiste indique que les consultations d’oncologie gynécologique du CHM accueillent actuellement de nombreuses patientes, orientées par les professionnels de santé. « Je pense que ça tourne bien, mais on peut toujours faire mieux », affirme-t-elle.

Associations : un rôle clé mais des besoins persistants
Le tissu associatif, fortement mobilisé, a multiplié les interventions auprès du public et dans les établissements scolaires. Rasmina Malide, infirmière membre de l’ASCA, évoque un mois d’octobre « plutôt positif », tout en soulignant que « ça nous a permis de voir qu’il y a encore beaucoup d’actions à mener ».
Les fonds récoltés durant la campagne servent à financer du matériel et à constituer des kits pour les patientes en évacuation sanitaire (EVASAN). L’association accompagne les malades au quotidien, mais déplore le manque d’orientation dont souffrent certaines femmes. « Elles peuvent malheureusement se retrouver un peu livrées à elles-mêmes, même si nous essayons de mener le plus de missions sur place pour aller au plus près d’elles. C’est l’une des choses à perfectionner », estime Rasmina Malide.
Des attentes pour améliorer la prise en charge
Parmi les points soulevés lors du pré-bilan figure la demande d’un mammographe en Petite-Terre, afin de faciliter l’accès au dépistage pour toutes les habitantes. Actuellement, un seul équipement est disponible à Mamoudzou. Les partenaires regrettent également le manque de données consolidées sur la situation du cancer du sein à Mayotte.
Abdon Goudjon, directeur de la PMI de Mayotte, rappelle : « Si les dépistages sont tardifs, le taux de survie ne doit pas être bon. Le dépistage précoce sauve des vies, un dépistage tardif, c’est une perte de chance. » En métropole, neuf patientes sur dix guérissent du cancer du sein, selon les chiffres évoqués.
Si la campagne 2026 s’achève, le CRCDC poursuivra ses actions de sensibilisation tout au long de l’année. Les chiffres définitifs du dépistage organisé seront publiés en novembre, une fois les données vérifiées. Les acteurs souhaitent maintenir la dynamique collective : la prévention ne doit pas attendre la prochaine édition d’Octobre Rose.
